Pourquoi les méga-prisons du Salvador deviennent un modèle pour de nombreux responsables politiques de droite à travers le monde

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- Author, Norberto Paredes
- Role, BBC News Mundo
- Published
- Temps de lecture: 7 min
Au cours des récentes campagnes électorales menées à travers l'Amérique latine, le président du Salvador, Nayib Bukele, et ses politiques de « répression de la criminalité » — notamment ses méga-prisons controversées — sont devenus un sujet récurrent dans le débat politique.
En Colombie, le politicien de droite Abelardo de la Espriella, qui a récemment remporté l'élection présidentielle selon les premiers résultats, a ouvertement exprimé son admiration pour Bukele.
Au cours de sa campagne, il s'est engagé à construire sept méga-prisons inspirées du modèle salvadorien.
Au Pérou voisin, Keiko Fujimori, qui a été élue à la tête du pays, a également placé cette idée au cœur de son programme en matière d'ordre public.
Mais l'attrait des méga-prisons de Bukele ne se limite pas à l'Amérique latine. Son modèle commence également à faire des émules parmi l'extrême droite européenne.
Ces dernières semaines, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, parti d'extrême droite français, a évoqué le système pénitentiaire du Salvador pour illustrer la surpopulation carcérale en France.
« Dans un pays de six millions d'habitants, M. Bukele a construit 40 000 places de détention en huit mois », a-t-il déclaré lors d'une interview accordée à la chaîne française BFMTV.
Si cette approche séduit certains dirigeants politiques, ses détracteurs font valoir qu'elle est souvent présentée sans faire référence aux violations des droits de l'homme avérées liées aux politiques de Bukele.
Une politique axée sur la popularité

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L'état d'urgence est en vigueur au Salvador depuis mars 2022, à la suite d'une vague de meurtres liés aux gangs. Il permet des arrestations sans mandat et l'incarcération massive de criminels dans les méga-prisons de Bukele.
« Au-delà des élections, il est essentiel pour Bukele de conserver un niveau de popularité élevé », explique Sonja Wolf, chercheuse à la Faculté d'administration publique et d'économie de l'Universidad Panamericana au Mexique.
« L'état d'urgence, malgré les conséquences qu'il a eues pour les personnes détenues et pour la démocratie au Salvador, bénéficie d'un soutien populaire, ce qui contribue à soutenir son projet politique. »
En ce sens, les méga-prisons remplissent une double fonction : lutter contre la criminalité et renforcer la légitimité politique de Bukele.
En février 2024, après avoir été réélu président avec plus de 80 % des voix, Bukele a mis en avant le bilan de son gouvernement en matière de sécurité et a vanté ce qu'il a qualifié de « recette salvadorienne », tout en s'en prenant à ses détracteurs.
« Nous sommes passés du statut de pays le plus dangereux au monde à celui de pays le plus sûr de tout le continent américain. Et qu'ont-ils dit ? Que je violais les droits de l'homme », a-t-il déclaré à ses partisans, faisant référence aux critiques internationales visant ses politiques de fermeté.
Pourquoi cela séduit-il l'extrême droite ?

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Plusieurs facteurs expliquent l'attrait que suscitent les politiques de « répression de la criminalité » de Bukele auprès de certains partis de droite en Amérique latine et au-delà.
Elles apportent une réponse rapide et visible à l'une des principales préoccupations des électeurs : l'insécurité en Amérique latine, ainsi que l'immigration clandestine aux États-Unis et en Europe.
Les images montrant des milliers de détenus dans des méga-prisons, associées à une forte baisse du nombre d'homicides au Salvador, renforcent l'impression que cette stratégie s'est avérée efficace.
De nombreux dirigeants considèrent également les taux de popularité élevés du président comme la preuve que ces politiques et ce discours de « tolérance zéro » peuvent se traduire par un soutien électoral.
« Lorsque nous menons des études sur la culture politique en Amérique latine, les gens se déclarent généralement favorables à la démocratie en principe, mais lorsqu'on leur pose des questions plus précises, on constate que beaucoup préfèrent des dirigeants capables de résoudre leurs problèmes », explique Mme Wolf.
« Dans la pratique, les gens ne sont pas aussi démocrates qu'on pourrait le croire », ajoute-t-elle.
Violations des droits de l'homme

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Malgré leur popularité auprès des électeurs au Salvador, les mesures prises par Bukele ont suscité de nombreuses critiques.
Selon l'organisation salvadorienne Cristosal, l'état d'urgence a banalisé les détentions massives sous un contrôle judiciaire limité, ce qui a conduit à la détention de milliers de personnes sans preuves suffisantes à leur encontre.
Human Rights Watch a recensé des cas de torture, de mauvais traitements, de détentions arbitraires et de disparitions forcées.
L'organisation a également dénoncé l'affaiblissement des institutions démocratiques et l'absence de garanties judiciaires sous le gouvernement de Bukele.
Des experts des Nations unies ont averti qu'une détention prolongée sans accès à une assistance juridique ni à un contrôle judiciaire pouvait constituer une grave violation du droit international.
Dans un rapport conjoint rédigé avec Cristosal sur le système pénitentiaire salvadorien, Human Rights Watch a conclu : « Les cas de torture et de mauvais traitements au Cecot n'étaient pas des incidents isolés, mais des violations systématiques qui se répétaient tout au long de la détention. »
Au-delà du Salvador
Plusieurs analystes soulignent toutefois que l'attrait que le système de Bukele exerce sur les dirigeants de droite pourrait être trompeur.
Ce modèle est difficile à transposer et dépend fortement du contexte spécifique du Salvador, ainsi que de décisions politiques qui ne seraient pas toujours réalisables ou légales dans d'autres pays.
Depuis 2023, sous la présidence de Daniel Noboa, l'Équateur s'efforce de reproduire certains éléments de ce modèle en proclamant un « conflit armé interne », parallèlement à la militarisation de la sécurité, à des arrestations massives et à des projets de construction de nouvelles prisons de haute sécurité.
Toutefois, ces mesures n'ont pas donné les résultats escomptés, et les niveaux de violence sont restés élevés.
Le taux d'homicides dans le pays est passé d'environ 8 pour 100 000 habitants en 2020 à environ 45 pour 100 000 en 2023, pour atteindre 51 pour 100 000 en 2025 — ce qui en fait l'année la plus violente de l'histoire récente du pays, selon les données de l'Institut national de la statistique et du recensement (INEC), de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et les estimations compilées par le média spécialisé InSight Crime.

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Le gouvernement de Xiomara Castro au Honduras a également adopté des mesures de « répression de la criminalité » inspirées du modèle salvadorien, notamment la proclamation d'états d'urgence depuis 2022 et la militarisation de la sécurité publique.
Cependant, on n'a pas observé de baisse durable de la violence comparable à celle constatée au Salvador.
Le Honduras reste l'un des pays les plus violents de la région, avec un taux d'homicides d'environ 23 pour 100 000 habitants en 2025, selon une évaluation annuelle de la sécurité réalisée par InSight Crime.
« Ce qu'on appelle le "modèle Bukele" ne se résume pas à des incarcérations massives : il s'agit d'une concentration des pouvoirs, de tribunaux sous influence, de dizaines de milliers de personnes emprisonnées sans procédure régulière et d'accords secrets avec les gangs eux-mêmes », déclare Juanita Goebertus, directrice pour les Amériques à Human Rights Watch.
« Ce n'est pas ça, la sécurité publique. Le nombre d'homicides a baissé, mais au prix d'un affaiblissement des institutions capables d'assurer une sécurité durable. »


























