Elle hypothèque sa fortune pour sauver des vies

Crédit photo, Catherine Nyongesa
- Author, Isabella Mwagodi
- Published
- Temps de lecture: 5 min
Lorsqu'on se rend à une banque pour solliciter un prêt de 100 millions de shillings (plus de 43 millions FCFA), les chargés de prêts s'attendent à entendre un plan d'affaires promettant des profits rapides.
Mais lorsque Dr Catherine Nyongesa a expliqué qu'elle avait besoin de cet argent pour construire un hôpital destiné à soigner les patients atteints de cancer, la plupart d'entre eux n'ont pas compris la logique de cet investissement.
À leurs yeux, un hôpital visant à soigner de nombreux patients aux ressources limitées ne semblait pas être une entreprise rentable.
"Peut-être si c'était une autre entreprise, mais pas une entreprise qui sauve des vies", lui ont-ils dit.
Son parcours ne s'est pas arrêté là.
Après avoir essuyé plusieurs refus de banques, Dr Nyongesa n'a pas baissé les bras. Elle a sollicité des conseils d'experts en gestion d'entreprise, a peaufiné son plan d'investissement et a continué à démarcher d'autres institutions financières jusqu'à obtenir le prêt nécessaire.
Cette décision audacieuse de contracter un prêt de 100 millions de shillings a donné naissance au Texas Cancer Centre de Nairobi, un hôpital qui est aujourd'hui devenu l'un des principaux centres de traitement du cancer au Kenya. Cette nomination a également marqué l'histoire, faisant d'elle la première femme au Kenya à devenir cancérologue.
Lorsqu'elle se souvient du jour où l'hôpital a commencé à recevoir du matériel et du mobilier, l'émotion la submerge encore.
"Je marchais dans les couloirs de l'hôpital, me pinçant un peu pour être sûre que c'était bien réel ou un rêve. Je me disais : 'Catherine, ton rêve est vraiment devenu réalité'."
De la pauvreté aux grands rêves

Crédit photo, Catherine Nyongesa
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Pour comprendre pourquoi Dr Nyongesa était prête à prendre le risque d'un prêt de 100 millions de shillings (77 333 dollars), il faut remonter à son enfance.
Elle n'a pas grandi dans un milieu privilégié. Ses études ont été marquées par de graves difficultés financières, au point que même l'obtention d'un diplôme d'études secondaires semblait un rêve inaccessible.
"Ma mère vendait de l'alcool local pour nous nourrir et payer nos frais de scolarité, mais l'argent n'était jamais suffisant", se souvient-elle.
Lorsque ses espoirs de poursuivre ses études ont commencé à s'amenuiser, ses camarades de classe se sont mobilisés et ont contribué à ses frais de scolarité grâce à une petite collecte de fonds, ce qui lui a permis de terminer ses études.
Quand je lui ai demandé ce que ressentaient aujourd'hui ses anciens camarades en le voyant entrer dans l'histoire de la médecine du pays, elle a souri, radieuse : "ils sont si fiers ! Ils voient les fruits des petites graines qu'ils ont semées il y a des années."
De cette expérience, elle est convaincue que les personnes qui nous entourent jouent un rôle déterminant dans notre avenir. "Entoure-toi d'amis visionnaires, pas de ceux qui font la fête tous les week-ends !", dit-elle en riant. "N'aie pas peur de rêver grand. Quelles que soient les difficultés, il y a toujours une solution."

Crédit photo, Catherine Nyongesa
Une douleur familiale qui a engendré la détermination
Outre les difficultés financières, sa famille a subi un autre coup dur qui a bouleversé sa vie.
Sa sœur a reçu un diagnostic de cancer des ovaires à une époque où les traitements étaient limités et hors de prix dans le pays.
"J'étais désespérée de trouver un hôpital, un médecin et des médicaments pour elle. C'est alors que j'ai décidé qu'un jour je construirais un hôpital spécialisé dans le traitement du cancer."
Plus de vingt ans plus tard, cette histoire est devenue un symbole d'espoir.
Sa sœur est aujourd'hui guérie et continue d'être soignée par Dr Nyongesa dans l'hôpital qu'il a bâti grâce à ses rêves et à son courage.

Crédit photo, Catherine Nyongesa
Sauver des vies plutôt que de rechercher le profit
Pour Dr Nyongesa, chaque patient qui franchit les portes du Texas Cancer Centre n'est pas un simple client.
C'est l'occasion de tenir une promesse qu'elle s'est faite après avoir vu sa sœur souffrir : que les patients atteints de cancer reçoivent des soins rapides et abordables.
Elle explique que malgré le coût élevé des équipements et des médicaments pour le traitement du cancer, son objectif n'est pas d'accroître les profits, mais de garantir l'accès aux services au plus grand nombre.
"Grâce à la Community Health Authority (SHA), les frais que les patients devaient auparavant payer de leur poche ont considérablement diminué."
Elle explique que l'hôpital vise à générer des revenus qui lui permettront de payer les salaires du personnel, les frais de fonctionnement et de garantir la continuité des services.
"Ce qui nous motive, c'est de voir davantage de patients se faire soigner. Même si le profit n'est pas important, la valeur de sauver une vie humaine est inestimable."
Un modèle et une véritable Rose

Crédit photo, Catherine Nyongesa
D'une jeune fille scolarisée grâce aux dons de ses camarades à une médecin qui a osé emprunter 100 millions de shillings (77 333 dollars) pour construire un hôpital spécialisé dans le traitement du cancer, l'histoire de Dr Catherine Nyongesa prouve que les plus grands rêves peuvent se réaliser, même lorsqu'ils semblent impossibles.
Dr Catherine Nyongesa, une des Roses de la BBC, fait preuve d'un courage extraordinaire.
C'est l'histoire d'une femme qui a transformé la douleur d'une famille en espoir pour des milliers de patients.
Et peut-être que la plus grande leçon qu'elle nous laisse est que, lorsqu'on est déterminé à changer la vie des autres, même les portes qui se ferment aujourd'hui peuvent s'ouvrir demain.
Édité par Mariam Mjahid.






















