Guinée-Bissau : les médiations de la CEDEAO ont-elles échoué à sortir le pays de l'impasse politique ?

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08 mois se sont écoulés depuis le coup d'État du 26 novembre 2025 fomenté par le Général Horta N'TAM et ses hommes, à la veille de la proclamation des résultats de la présidentielle et des législatives tenues trois jours plus tôt dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, fragilisé depuis son indépendance vis-à-vis du Portugal en 1974 par une instabilité politique chronique et le narcotrafic. Face à la suspension de l'ordre constitutionnel et à la situation des droits humains « jugée préoccupante », deux collectifs se sont fendus de communiqués distincts appelant la CEDEAO à prendre ses responsabilités et à y mettre un terme.

En juillet dernier, Lungi, en périphérie de Freetown, capitale de la Sierra Leone, a été l'hôte de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Un sommet lors duquel l'organisation sous-régionale a fait sa mue en renouvelant ses instances. Après un an comme président en exercice de la CEDEAO, le chef de l'État sierraléonais, Julius Maada Bio, a passé le témoin à son homologue sénégalais, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, dont le pays a aussi hérité de la présidence de la Commission avec la désignation de son ancien ministre des Forces armées, le Général de corps d'armée Birame Diop.

C'est à la veille de ce qui est décrit par les observateurs comme étant un succès diplomatique pour le Sénégal que la CEDEAO a été une nouvelle fois interpellée sur la crise institutionnelle et politique qui sévit en Guinée-Bissau, qui est également l'un de ses États membres.

Tels des tirs groupés, deux collectifs se sont fendus de communiqués dressant un portrait peu flatteur de ce pays lusophone depuis que le Général Horta N'TAM, jusqu'alors chef d'état-major de l'armée de terre du pays, en a pris le contrôle par les armes en destituant le président Umaro Sissoco Embaló, suspendant le processus électoral (alors que le dépouillement des résultats de la présidentielle du 23 novembre 2025 était sur le point d'être achevé), instaurant dans la foulée le « Haut Commandement pour la restauration de la sécurité nationale et de l'ordre public », l'organe de transition.

" Appel aux chefs d'État et de Gouvernement de la CEDEAO pour la libération immédiate de Domingos Simões Pereira et la restauration de l'ordre constitutionnel en Guinée-Bissau "

Dans un manifeste intitulé « Appel aux chefs d'État et de Gouvernement de la CEDEAO pour la libération immédiate de Domingos Simões Pereira et la restauration de l'ordre constitutionnel en Guinée-Bissau », des personnalités publiques, des acteurs de la société civile, des universitaires et des citoyens issus de différents pays de la sous-région ont alerté les chefs d'État et de Gouvernement sur la « situation extrêmement préoccupante qui prévaut aujourd'hui en République de Guinée-Bissau ».

Parmi eux figurent des personnalités remarquables dont l'ancien Président du Cabo Verde, Pedro Verona Rodrigues Pires, Aristides Gomes, ancien Premier ministre de Guinée-Bissau, Dr Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, ou encore Pr. Morifere Bamba, ancien vice-président de l'Assemblée nationale et ministre de Côte d'Ivoire.

Selon eux, « la Guinée-Bissau traverse une crise institutionnelle sans précédent ».

Ils en veulent pour preuve la détention du président de l'Assemblée nationale populaire, Domingos Simões Pereira.

Ils estiment que celle-ci s'est « décidée dans des circonstances largement dénoncées comme contraires aux garanties fondamentales de l'État de droit et constitue une étape supplémentaire dans la dégradation de la démocratie et des institutions du pays. »

En plus du cas de l'opposant et leader du PAIGC, les signataires du texte dénoncent par ailleurs une situation qui, non seulement menace la stabilité de la Guinée-Bissau, mais aussi porte atteinte à la sécurité et à la crédibilité démocratique de toute l'Afrique de l'Ouest.

À cet effet, ils ont invité la conférence des chefs d'État et de Gouvernement de l'organisation communautaire à « faire preuve du leadership » qui a toujours caractérisé la CEDEAO dans les « moments décisifs de son histoire ».

Par conséquent, ils ont exigé que le sommet de Lungi-Freetown adopte une position claire et sans ambiguïté visant entre autres à :

Exiger la libération immédiate et inconditionnelle de Domingos Simões Pereira ainsi que de toutes les personnes détenues pour des motifs politiques ;

Constater que les nombreuses initiatives de dialogue et de médiation entreprises jusqu'à présent par la CEDEAO n'ont pas permis d'obtenir le rétablissement de l'ordre constitutionnel ni le respect des engagements pris par les autorités de fait ;

Décider, en conséquence, de passer à une nouvelle étape de l'action de la CEDEAO par l'application de sanctions ciblées contre les personnes civiles et militaires responsables de la rupture de l'ordre constitutionnel, de la détention arbitraire des responsables politiques et des violations graves des droits fondamentaux, conformément au Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance.

Offensive judiciaire historique en Guinée-Bissau

La seconde initiative sur ladite crise s'inscrit dans la même veine, à la seule différence qu'elle n'est portée que par des fils et filles du pays qui l'ont ainsi dénommée : « Offensive judiciaire historique en Guinée-Bissau : 260 citoyens déposent plainte contre les auteurs du coup d'État électoral et militaire. »

Ces électeurs de la diaspora, membres de la société civile et victimes directes des violences institutionnelles, ont annoncé déposer plainte avec constitution de partie civile devant le tribunal de Bissau le 17 juillet 2026, soit à quelques heures de l'ouverture de la session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de Gouvernement de la CEDEAO en Sierra Leone.

Dans leur collimateur, les auteurs et commanditaires du coup de force du 26 novembre 2025 qui a « brutalement » interrompu le processus électoral et bloqué « délibérément » la proclamation officielle des résultats.

Dans leur texte, les requérants exigent l'ouverture immédiate d'une instruction criminelle complète, indépendante et impartiale pour identifier et sanctionner les responsabilités individuelles, civiles et militaires.

En attendant que la nouvelle équipe dirigeante de la CEDEAO (Bassirou Diomaye Faye, président en exercice pour un an, et le Général Birame Diop, président de la Commission de la CEDEAO pour les quatre prochaines années) prenne ses marques, les défis à relever sont aussi complexes que variés.