L'armée déplore la perte d'une trentaine d'hommes et des blessés graves pour reprendre Anéfis

Des soldats de l'armée malienne marchant au cours d'un défilé vêtus d'uniformes de camouflage et d'écussons avec le drapeau national aux couleurs vert, jaune et rouge.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Des soldats de l'armée malienne marchant au cours d'un défilé vêtus d'uniformes de camouflage et d'écussons avec le drapeau national aux couleurs vert, jaune et rouge.
    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique
  • Published
  • Temps de lecture: 9 min

Après d'âpres combats depuis plusieurs jours à Anéfis, au nord du Mali, entre les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par le Corps africain russe (Africa Corps), et la coalition formée par le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et le Front de libération de l'Azawad (FLA), l'armée malienne a déploré la perte d'une trentaine d'hommes et des blessés graves.

"Je déplore la perte d'une trentaine de personnes, d'une trentaine de martyrs qui sont tombés. On a des blessés aussi, une soixantaine dont des cas graves", a déclaré vendredi le général de division Jean-Élysée Dao, le Chef d'État-Major Général des Armées (CEMGA) à la télévision publique malienne (ORTM).

C'est le bilan établi par les autorités militaires au cours des combats qui ont permis de reprendre le contrôle d'Anéfis, dans le nord du pays, des mains de la coalition JNIM-FLA.

Le général Dao a annoncé que "la situation à Anéfis est sous contrôle", tout en félicitant et encourageant ses hommes "pour tout ce qu'ils sont en train de faire".

Le CEMGA a également profité de l'occasion "pour présenter ses condoléances aux familles de ces hommes "martyrs" qui sont tombés durant ces opérations, et souhaité un prompt rétablissement aux blessés".

Selon les autorités militaires maliennes, "les actions aéroterrestres engagées ont permis de sécuriser l'itinéraire et l'entrée dans la localité, malgré plusieurs accrochages et embuscades menés par les groupes armés terroristes".

En effet, elles ont confirmé la libération d'Anéfis grâce à un important dispositif de renforts appuyé par un soutien aérien, malgré les embuscades tendues par les éléments de la coalition JNIM-FLA.

"Cet opération avait pour but principal de ravitailler nos hommes qui étaient à Anéfis. Mais pas que ça : il fallait faire un maximum d'effets pour briser les moyens de l'ennemi", a expliqué le général Dao à l'ORTM.

S'adressant à l'AFP, le porte-parole du FLA Mohamed Elmaouloud Ramadane a affirmé qu'ils ont "décidé de quitter Anéfis par stratégie et pour éviter des pertes civiles". Toutefois, dans un communiqué publié samedi, M. Ramadane a confirmé la perte de quelques combattants de leur côté et de lourdes pertes matérielles et humaines infligées aux forces armées maliennes et à leurs alliés russes de l'Africa Corps.

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Depuis quelques jours, Anéfis, cette bourgade du nord-est du Mali est redevenue l'un des principaux théâtres stratégiques du conflit opposant l'armée à la coalition JNIM-FLA.

Les troupes maliennes et leurs alliés russes du Corps africain ont réalisé une avancée militaire décisive en atteignant la ville stratégique d'Anéfis après plusieurs jours de combats intenses.

Un convoi militaire parti de Gao le 7 juillet est arrivé à Anéfis tard dans la soirée du 9 juillet, après avoir essuyé des attaques soutenues de la part de combattants du Front de libération de l'Azawad (FLA) et du JNIM, lié à Al-Qaïda.

Le convoi transportait des renforts destinés aux forces gouvernementales présentes dans la ville, située dans la région instable de Kidal, bastion de longue date des groupes séparatistes et djihadistes.

Interpellé par la présentatrice de l'ORTM sur les raisons de la durée de la bataille d'Anéfis, le général de division Jean-Élysée Dao a expliqué la stratégie mise en place par les FAMAs pour tromper l'ennemi.

"La bataille d'Anéfis a duré parce qu'Anéfis rentre dans un plan global. Le fait que l'ennemi ait pris la décision de submerger Anéfis, de sortir avec tous ses moyens, fait partie de nos prévisions en réalité. Pourquoi ? Parce que quand nous cédions Kidal et Tessalit l'ennemi était loin d'imaginer qu'il pouvait se retrouver face à la résistance qu'on lui a imposé en ce moment-là parce qu'on a fait en sorte qu'il soit euphorisé par ce retrait temporaire de la ville de Kidal pour nous permettre de l'avoir à portée", répond le CEMGA malien.

Il explique qu'il fallait pousser "cet ennemi-là" à sortir "tous ses moyens parce qu'à chaque fois qu'on va à son contact, qu'on va à sa recherche, il a eu à se dissimuler, à se cacher, ainsi de suite".

Vu qu'Anéfis est "un terrain véritablement plat" et que (l'ennemi) "a eu le temps de sortir, (...) cela nous a permis de l'avoir de manière frontale et puis de manière très brutale, on l'a frappé".

Les affrontements, qualifiés d'intenses par les deux camps, ont fait plusieurs victimes parmi les forces gouvernementales, les forces russes et les groupes armés, et entraîné la destruction de plusieurs véhicules blindés et pick-ups.

Alors que les troupes maliennes et du Corps africain consolident désormais leurs positions à Anéfis, les séparatistes et les djihadistes ont fait savoir qu'ils opèrent un repli stratégique afin d'éviter des pertes civiles. Mais qu'ils ont l'intention de poursuivre leurs opérations dans la région.

Mais pourquoi autant d'enjeux pour une si petite ville ?

Anéfis, la porte d'entrée logistique vers Kidal

Anéfis, ville entre Kidal et Gao, au nord du Mali, est au coeur d'une bataille stratégique pour son contrôle.
Légende image, Anéfis, ville entre Kidal et Gao, au nord du Mali, est au coeur d'une bataille stratégique pour son contrôle.

Bien que peu peuplée, Anéfis occupe depuis plus d'une décennie une place importante dans les calculs militaires des différents protagonistes. Son contrôle conditionne non seulement l'accès à Kidal, mais également la capacité de chaque camp à projeter ses forces dans l'ensemble du nord du Mali.

Depuis la réforme territoriale de 2023, Anéfis est une commune rurale et le chef-lieu du cercle d'Anéfis, dans la région de Kidal, au nord-est du Mali.

Située à environ 110 km au sud-ouest de Kidal, et à près de 330 km au nord-est de Gao, Anéfis est traversée par la Route nationale 18 (RN18), qui constitue un axe stratégique reliant Gao à Kidal. La ville contrôle également le principal corridor terrestre entre la vallée du Niger et le massif des Ifoghas.

La position d'Anéfis fait d'elle un véritable carrefour logistique entre le nord-est malien et les principales bases gouvernementales de Gao.

Depuis plusieurs années, elle constitue pour les Forces armées maliennes (FAMas), un point d'appui indispensable pour ravitailler les garnisons du nord, faire circuler les convois militaires et maintenir une présence dans une région où les distances sont immenses et les infrastructures extrêmement limitées.

La ville revêt la même importance stratégique pour le FLA et le JNIM. Pour ces deux organisations, le contrôle d'Anéfis est une manière de fermer la principale porte terrestre permettant aux forces gouvernementales de rejoindre Kidal.

Dans un environnement désertique où les itinéraires praticables sont rares, la maîtrise de ce corridor offre un avantage opérationnel considérable. De là, on comprend aisément que la valeur d'Anéfis n'est pas sa taille démographique mais plutôt sa position.

Par sa position stratégique, Anéfis constitue le dernier grand point d'appui avant Kidal lorsqu'on part de Gao, un nœud logistique pour les opérations militaires et un point de contrôle des différents mouvements entre Gao, Kidal, Aguelhoc, Tessalit et le massif de l'Adrar des Ifoghas.

C'est précisément cette valeur géographique qui explique pourquoi Anéfis est redevenue l'objectif prioritaire des deux camps.

Une bataille décisive pour les lignes d'approvisionnement

L'enjeu de la bataille autour d'Anéfis est tout d'abord logistique. En effet, le camp militaire fortifié dont dispose les forces gouvernementales à Anéfis dépend d'un ravitaillement régulier en munitions, carburant, vivres et renforts.

Mais il semble qu'avec les combats des derniers jours, les groupes armés cherchent autant à isoler cette position qu'à la conquérir directement.

Pour le JNIM et le FLA, l'objectif semble dépasser la prise de la ville, mais ils chercheraient plutôt à rompre l'opérationnalité logistique des FAMas dans toute la région de Kidal. Une telle rupture compliquerait fortement toute tentative gouvernementale de reprendre l'initiative dans le nord.

Selon plusieurs sources concordantes, les convois terrestres envoyés depuis Gao ont rencontré une forte résistance, tandis que les opérations aériennes sont compliquées par des tirs d'artillerie et des drones.

À l'inverse, si Bamako parvient à conserver Anéfis, les autorités préserveraient une base avancée susceptible de soutenir, à moyen terme, d'éventuelles opérations vers Kidal.

Un verrou militaire depuis plus d'une décennie

Des combattants de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), en 2023. (Illustration)

Crédit photo, AFP

Légende image, Des combattants de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), en 2023. (Illustration)

Depuis l'échec du processus de paix d'Alger et la reprise des combats à grande échelle en 2023, Anéfis a pris encore plus d'importance.

Lorsque les forces maliennes, soutenues par des membres de la société russe Wagner, ont pris Kidal fin 2023, leur avancée dépendait de la sécurisation du corridor Gao-Anéfis-Kidal. La ville est alors devenue l'une des principales bases d'opérations avancées de l'armée, protégeant l'accès à Kidal.

Aujourd'hui, elle sert de zone de rassemblement pour les opérations menées dans les montagnes de l'Ifoghas et constitue l'un des derniers bastions importants du gouvernement au sud de Kidal.

Selon Héni Nsaibia, analyste à l'ACLED, la bataille actuelle représente un test décisif pour les deux camps. Si l'alliance JNIM-FLA s'empare d'Anéfis, la dernière position gouvernementale à Aguelhok se retrouverait de plus en plus isolée, son ravitaillement dépendant alors largement du transport aérien plutôt que d'un accès routier sécurisé.

Les conséquences possibles de l'issue de la bataille

L'armée malienne a mené des frappes aériennes nocturnes sur la ville de Kidal, dans le nord du pays, contrôlée par des séparatistes touaregs et leurs alliés djihadistes depuis une offensive de grande envergure le mois précédent, ont indiqué l'armée et des témoins.

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Légende image, Le 14 mai 2026, un soldat du Front national de libération de l'Azawad (FLA) inspecte un cratère à Kidal, provoqué par un bombardement aérien des Forces armées maliennes (FAMA). (Image d'archive)

La suite des combats en cours autour d'Anéfis pourrait déterminer l'avenir de la localité à moyen et long terme.

Conserver Anéfis permettrait à Bamako de préserver un minimum de profondeur stratégique dans la région de Kidal et de démontrer que les FAMas, malgré les offensives coordonnées du JNIM et du FLA, demeurent capables de tenir leurs principales bases avancées.

Pour le FLA et le JNIM, conquérir Anéfis renforcerait son contrôle territorial sur la région de Kidal et consoliderait son objectif d'éloigner les forces gouvernementales de l'Azawad, mais cette victoire représenterait également un succès militaire et politique majeur.

Ceci illustrerait également la capacité des deux groupes armés à coordonner des opérations complexes et à poursuivre une stratégie d'usure contre les forces gouvernementales.

L'enjeu est tout aussi important pour les éléments du Corps africain russe, les partenaires russes du gouvernement malien présents au Mali pour soutenir les FAMas. La perte d'Anéfis pourrait en effet susciter des questionnements sur leur capacité à aider le Mali à neutraliser les menaces multiformes sur son territoire.

Mais aujourd'hui, la situation semble avoir favorablement évolué, après que les FAMAs aient repris le contrôle d'Anéfis à la suite d'intenses combats qui se sont soldés par plusieurs sacrifices (humains et matériels).